Gilles Simon (123e) a accompli un exploit en mystifiant Tomas Berdych (n°19), vainqueur du Masters Series de Bercy et grand espoir du tennis mondial. Campé sur sa ligne de fond, il a distribué des balles sans consistance au milieu du court au jeune frappeur tchèque désemparé (56 fautes directes) tout en plaçant de temps à autre de brusques accélérations (32 coups gagnants). Le Français est parvenu à enchaîner son cinquième match à Melbourne depuis les qualifications alors qu'il avait terminé le tour précédent perclus de crampes après 4h13 de combat contre le Chilien Nicolas Massu. Lundi, son jeu atypique avait d'ailleurs tapé dans l'oeil de Guy Forget, présent à Melbourne en vue du premier tour de Coupe Davis contre l'Allemagne en février. Au 3e tour, Simon rencontrera le vainqueur du match entre le Suédois Thomas Johansson (n°10) et le Belge Xavier Malisse. A la recherche de son meilleur niveau (il était 61e il y a un an), Julien Benneteau (162e) a exploité à fond un tableau favorable contre l'Espagnol Guillermo Garcia-Lopez (110e), tombeur de Taylor Dent. Le Français s'est économisé (6-4, 7-6, 6-1) sous le soleil. Il aura besoin de toutes ses forces contre Andy Roddick dans une rencontre où Benneteau «n'aura rien à perdre» . Il n'y a pas eu de miracle en revanche pour Jean-Christophe Faurel (203e) qui a buté (2-6, 6-1, 6-4, 6-3) sur un homme en forme, James Blake (n°20), vainqueur à Sydney. Malgré un départ au ralenti, l'Américain a ensuite déroulé, Faurel accusant un gros coup de pompe au deuxième set. Le Français a bien tenté de résister mais il était physiquement à plat. Malgré la défaite, Faurel aura connu le plaisir d'évoluer sur un grand court dans un Grand Chelem. En une semaine, il est passé d'un challenger, où son moral était au plus bas, à un premier match gagné dans un tournoi majeur. Reste à savoir si son parcours à l'Open d'Australie lui servira à «exploser en 2006» comme il l'espère. Fabrice Santoro (65e) est un homme pressé : «Plus le temps passe, plus j'ai envie de faire quelque chose en Grand Chelem car il ne m'en reste pas vingt à jouer.
C'est ce que le Toulonnais a démontré face à un autre trentenaire, Andrei Pavel (82e), avec qui il a passé le réveillon à Doha. «Aujourd'hui il a un petit peu pété les plombs parce qu'il sentait qu'il n'y avait pas de solution» , a analysé Santoro après avoir maîtrisé sans encombre le Roumain (6-4, 6-1, 6-4). Le Français, qui se donne encore deux ans pour réaliser de bonnes performances, devra se défaire de Gaston Gaudio (n°8), un tirage qui ne le réjouit pas plus que ça : «Pour la suite, ça aurait peut-être été mieux de jouer Roddick, Hewitt ou Ljubicic que Gaudio. Pour moi c'est toujours plus facile de jouer un grand serveur qu'un gars qui est fort des deux côtés et qui est un robot capable de jouer des heures sans se fatiguer.
Roddick sans problème
Andy Roddick (n°2) avance au pas de charge. Trois sets (7-5, 6-3, 6-2) lui ont suffi pour mettre à la porte le Sud-Africain Wesley Moodie (60e). Dans une bataille de grands serveurs, le Texan s'est appuyé sur ses qualités du fond du court (9 fautes directes seulement). «J'ai mis un fort pourcentage de retour dans le terrain, ce qui fait que je lui ai mis la pression presque sur tous ses jeux de service» , a dit Roddick. L'Américain, qui apparaît comme l'adversaire le plus sérieux de Roger Federer, devra cependant soigner une petite entorse qu'il s'est donné à la cheville droite. Ivan Ljubicic (n°7) a aussi connu quelques problèmes physiques, des ampoules au pied, qui ne l'ont pas empêché de battre très facilement (7-5, 6-2, 6-1) l'Allemand Philipp Kohlschreiber (79e). Le plus beau match de la nuit fut l'opposition entre Radek Stepanek (n°17) et Marcos Baghdatis , ancien champion du monde junior. Dans une ambiance surchauffée par les fans chypriotes, Baghdatis est allé chercher la victoire (6-4, 6-3, 3-6, 0-6, 7-5) avec son coeur, lui qui s'était écroulé dans le quatrième set à bout de forces. Mais c'est Stepanek qui a craqué dans les deux derniers jeux. Le Chypriote n'a jamais perdu un match en cinq sets (4e succès dans cet exercice) et confirme que l'Open d'Australie, où il a abdiqué en 8èmes de finale l'année dernière contre Federer, est bien son tournoi préféré.
Les réactions
Gilles Simon (FRA, vainqueur du Tchèque Tomas Berdych) : «Au premier tour, ça a été très dur parce que j'étais entamé par mon tournoi précédent (le challenger de Nouméa, qu'il a gagné) et les trois tours de qualifs. J'ai eu un gros coup de moins bien à la fin du match (contre Massu) et je n'ai pas pu regagner les vestiaires. C'est incroyable que je sois encore en course vu l'état dans lequel j'étais il y a deux jours. J'étais à la limite de réserver mon billet d'avion. Berdych m'a quand même beaucoup aidé. Il n'a pas énormément réfléchi. Il a donné beaucoup de points, notamment au début alors que je n'étais pas encore vraiment dedans. Il a fait des jeux entiers à quatre fautes directes. Je me suis appliqué à ne mettre aucune intensité dans ce match. Je ne voulais pas qu'il puisse se régler. Il s'énervait tout seul, je n'avais aucun intérêt à changer quoi que ce soit. J'ai souvent battu des joueurs bien classés, mais je suis surpris par ma régularité. D'habitude c'est mon gros point faible. Je pense être un joueur un peu atypique. Je sais que je peux très bien jouer. J'aime bien faire des changements de rythme. J'ai un bon timing quand je frappe la balle, ce qui me permet de taper assez fort sans dépenser trop d'énergie. J'ai un jeu un peu bizarre pour ceux qui ne me connaissent pas, parce que je joue la plupart du temps très doucement et quand je décide d'accélérer la balle, ça va assez vite. Je comprends ce que vivent les adversaires. J'ai horreur de jouer contre des gens qui jouent comme moi sans trop forcer. Quand j'étais jeune, je regardais Michael Chang parce qu'il était tout petit comme moi. Puis après je suis passé à Marat Safin pour ses frappes. Il est assez facile lui aussi.
Julien Benneteau (FRA, vainqueur de l'Espagnol Guillermo Garcia Lopez) : «Les conditions étaient difficiles avec un peu de vent, du soleil et un peu de chaleur qu'on n'avait pas l'habitude d'avoir pendant les qualifs et au tour précédent. Comme j'en étais à mon cinquième match, c'est bien de n'avoir fait que trois sets. Le tirage au sort m'a un peu souri. Je ne suis pas tombé sur les deux ou trois gros mecs qu'il fallait éviter. En début de saison, avoir quelques matches de plus ça peut compter, mais tous les qualifiés ne passent pas le premier tour. Il n'y a pas de règles. Indéniablement, on est déjà dans l'ambiance du tournoi, on a déjà nos marques. Mais les plus grands n'ont pas besoin de deux ou trois matches pour avoir leur repères. Cette année, j'essaie de jouer plus simplement, de ne pas tenter 50 coups gagnants et que des aces. J'accepte de nouveau la bagarre. J'essaie de limiter dans un premier temps les fautes directes en attendant les occasions. (A propos de sa rencontre contre Roddick au prochain tour). Je l'ai joué à Toronto une fois, mais je m'étais blessé pendant ce match. On le connaît tous. Ce sera un gros match et c'est aussi pour ça qu'on joue au tennis. Au troisième tour d'un Grand Chelem, on est presque sûr de tomber sur un gros mec. Je n'aurai rien à perdre, ce sera sur un grand court, il y aura beaucoup de paramètres réunis pour pouvoir me lâcher. Je suis convaincu qu'avec les armes que j'ai et le tennis que je pratique en ce moment je peux le gêner, grappiller un break et le faire douter.